Vous vous sentirez moins seule si un jour on s’est joué de vous.

Il était une fois une pensée.

Puis deux.

Et c’est à ce moment-là que tout se compliqua à l’insu de moi-même.

C’est vrai que j’aimais rêver. D’une vie moins routinière. D’espaces plus vastes, d’affection, de bras chaleureux, protecteurs, d’un regard bienveillant, d’une attention, n’importe quoi pour me rappeler les soleils de mon coeur endormi.

Alors quand il m’a écrit ce message pour me souhaiter mon anniversaire, j’y ai répondu.

Oui, un mois plus tard, mais je n’ai pas jeté le message dans la corbeille comme à mon habitude, je ne sais pas pourquoi. Le destin, me direz-vous. Le début d’une descente en enfer.

Il n’était pas particulièrement beau mon marin venu d’ailleurs. Mais il avait l’air costaud et protecteur. Il était doux dans ses propos. Je rêvais. L’univers semblait nous réunir pour le meilleur et moi, hypnotisée, réellement sous l’emprise d’une hypnose que j’avais fait la veille, j’ai divagué et cru aux milles merveilles qu’il m’offrait par ses mots.

Je n’ai pas vu très vite le piège. Moi qui étais méfiante de nature, qui savais m’éloigner des escrocs et autres mauvais esprits, je ne l’ai pas sentie arriver. Ma descente aux enfers.

Mon intuition m’a flouée. Mes anges-gardien m’ont oubliée. Trop à faire dans ce monde en déconfiture, j’imagine.

Et je me suis engloutie dans ses histoires d’avenir à ses côtés, sa belle maison qui n’attendait que moi. Son enfant qui n’avait plus de mère et dont il attendait une femme qui saurait l’aimer lui aussi. Son enfant, autiste, qui avait besoin de soins quotidiens.

Puis la peur et l’angoisse. Un vol manifeste sur son navire, un pétrolier. Toutes ses affaires personnelles dérobées. Plus d’argent à envoyer à l’institut qui s’occupait des soins de son fils.

Atmosphère de peur, la gorge serrée, les moments d’angoisse.

Les effets de l’hypnose sur moi. L’écouter, le soutenir, l’aider. Dépouiller mes économies pour lui envoyer. Frénésie pour trouver un Western Union à ma pause déjeuner.

Le début de mon enfer. Les conversations s’enchainant, jour et nuit. Réveillée en pleine nuit pour des mots doux. Des mots doux intentionnés. Quelqu’un pensait à moi, nuit et jour.

Je demandais le divorce. Il me voulait libre. Je n’avais plus ma tête. Je n’habitais plus sur terre. J’étais dans un tourbillon, je le sentais, j’étais mal et sous une emprise diabolique et je n’arrivais pas à remonter à la surface. Car il était là avec ses mots doux.

Et ses autres demandes. Récupérer un colis qui m’était destiné. Des bijoux, des lingots d’or. Là, ma conscience a tenté de rallumer mes lumières éteintes. Acheminer le colis afin qu’il puisse venir le récupérer. Six mille euros. Six. Mille. Euros. Je les ai trouvés. A gauche, à droite, j’ai menti aux gens que j’aime pour amasser le pécule.

De jour en jour, une descente aux enfers, la nausée, jusqu’à ce que petit à petit, mes parents, mes enfants, me amis, tous ces personnages importants de ma vie, toutes les étincelles de mon coeur, et puis l’homme de ma vie, toujours à mes côtés, incrédule, anéanti par mes attitudes distantes, silencieuses, euphoriques, insensées, m’aident à retrouver la lumière de la réalité.

Six mois pour sortir des ténèbres.

Des mois supplémentaires pour faire comprendre aux gens que j’aime que ce n’était pas mon vrai moi, mon moi dominant. Mais plutôt mon moi caché, le violent, le sourd, l’aveugle, le délirant, le mauvais mois, mais pas le moi le plus fort. Indéniablement le plus sournois cependant. Le plus destructeur, certainement. Celui qui existe au fond de chaque être humain, celui que l’on ignore jusqu’à ce qu’une force maléfique le réveille. Cette force maléfique a été réveillée par mon hypnotiseur. Il a donné naissance à mon moi que j’étouffais, que je maîtrisais de peur qu’un jour il ne surgisse au détour d’un coup de folie et de désespoir.

Désespoir. Ce désespoir et cette impuissance dans ma vie. Les soucis de la routine, ceux des êtres chers pour lesquels nous puisons sans réfléchir toute notre énergie pour les protéger des âmes malveillantes, des mauvais guides, des escrocs du coeur de tous genres. Désespoir et impuissance face à la maladie de celui qu’on aime, la peur qu’il parte soudain, terrassé par la maladie. L’incompréhension de qui je suis, si fragile et émotive et hypersensible à tout. Tout. Le vent, le soleil, le bruit des oiseaux, un sourire, une larme. L’éponge que je suis. Qui tente de survivre dans un monde déchiré de toute part. L’éponge que je suis, qui s’arme d’énergie et de bonne humeur, qui offre son amour sans limite à ceux qu’elle aime, avec ce sentiment ne pas pour autant recevoir tout l’amour dont elle a besoin pour avancer.

Comment explique-t-on aux gens ?

Tout sonne comme une justification à des actes d’inconscience. Tout sonne faux parfois, on le voit dans le regard incrédule des gens. Les gens sont abasourdis, pleins de doutes quant à la véracité du récit.

Pourtant, tout est vrai.

L’histoire quand je la raconte sonne comme une mauvaise excuse à celui que j’aime, je le sais, je le sens.

M’excusera-t-il un jour ? Reviendra-t-il ma moitié ? Celui qui fait que je ne suis entière qu’avec son souffle en moi.

Ce n’est pas comme si nous venions de nous marier, arrête, me dit-il quand je lui saute dans les bras, débordant d’affection et d’amour, en attente de gestes tendres et attentionnés – ceux que je lui ai refusés pendant tout ce temps où j’étais perdue dans ce monde parallèle. Je me noie dans un surplus d’émotions et l’attachement, j’ai comme besoin de rattraper le temps. J’ai besoin de sentir sa chaleur, rien que pour moi. Illusion. Ce dont j’ai besoin n’est pas réciproque.

Deuxième blessure pour moi.

Alors, je me tais. Je souffre en silence de ce rejet.

Je fais pénitence pour cette chose que je n’ai pas souhaitée.

Je meurs à petit feu dedans, car j’ai compris que personne ne pourra comprendre la violence de ce qui m’est arrivé. On a abusé de moi et cela n’est pas marqué visiblement sur mon corps, c’est ancré dans mon âme, ça me ronge. Et seul le temps pourra, parait-il apaiser ce mal en moi.

Et tous ces jours qui se succèdent, pour reprendre en main ma vie. Plus rien se sera comme avant, j’entends dire autour de moi. On ne refera jamais marche arrière. C’est pourtant ce que j’essaie de faire, mais ça ne fonctionne pas. Une maille est manquante.

Adieu vie d’avant.

Et bonjour endettement.

Eteinte, l’estime de moi-même.

Bonjour tristesse, bonjour déprime, bonjour colère, bonjour dégoût.

Colère contre moi-même, colère contre cet hypnotiseur qui m’a fait plonger dans les ténèbres de mon esprit en toute conscience du danger possible.

Leçon. Quand on est d’une nature hyper-réceptive, on évite de laisser un sorcier toucher à son esprit. Le prix à payer est cher, c’est le prix de la vie.

Un an déjà. A essayer de digérer mon histoire sordide. A tenter de retrouver une vie de couple.

A prier jour et nuit que l’homme de ma vie m’aime à nouveau, lui qui pourtant ne m’a jamais abandonnée, mais qui a su trouver du confort quand je le délaissais.

Sentiment de trahison. Puis recolère. On se relève pour mieux retomber.

Ces journées à me reconstruire. Ces journées rares sans pleurs, sans les tripes qui s’entremêlent, le cerveau qui tourne en rond. Ce parfum de fin de tout, de limite de moi, de cette entaille invisible qui ne se referme pas derrière les semblants de rires et sourires offerts à qui voudra les recevoir. Je cache, je maquille, je subis l’insupportable et personne ne le remarque. Je fais bien semblant. Combien de temps tiendrai-je encore ?

Il me vient par moment des pensées sombres. Prends-moi, petit virus couronné qui s’est installé dans nos vies, sois ma délivrance, prends-moi plutôt qu’un autre et endors-moi.

Puisque le monde sait vivre quand je dors, laisse-moi me reposer enfin.

Be yourself; Everyone else is already taken.

— Oscar Wilde.

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